L’Union européenne avance en leader discret. L’Opinion.

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https://www.lopinion.fr/edition/international/cop-26-l-union-europeenne-s-avance-en-leader-discret-258483

Mathieu Solal (à Bruxelles)

Champions incontestés de la lutte contre le changement climatique, les Européens évitent les coups d’éclat, préférant s’activer en coulisses. Avec un certain succès, qui devra se confirmer à Glasgow, l’Union européenne s’avance en leader discret

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen participera lundi et mardi au sommet mondial des dirigeants de la conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 26), à Glasgow. Frans Timmermans, vice-président exécutif de l’institution chargé du Pacte vert, dirigera quant à lui l’équipe de négociation de l’UE tout au long de l’événement qui doit se terminer le 12 novembre.

« En Europe, nous avons mis tout en place pour parvenir à la neutralité climatique d’ici à 2050 et réduire nos émissions d’au moins 55 % d’ici à 2030. A Glasgow, je vais exhorter les autres dirigeants mondiaux à faire de même, c’est-à-dire à innover et à investir dans une nouvelle stratégie de croissance plus durable », a affirmé jeudi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, résumant bien l’état d’esprit qui règne à Bruxelles, toutes institutions confondues, à l’approche de la COP26.

« A nous seuls, nous ne représentons que 10 % des émissions mondiales. Autant dire que, sans une approche globale et un engagement mondial lors de la COP26, nous n’irons pas bien loin », a estimé l’eurodéputée LR Agnès Evren, au diapason de ses collègues, la semaine dernière à Strasbourg. Les ministres de l’Energie des Vingt-Sept ont aussi beaucoup insisté dans le mandat de négociation qu’ils ont donné à la Commission, pour que les engagements comme les contributions déterminées au niveau national (CDN) soient désormais mis à jour tous les cinq ans, mais « uniquement dans le cas où toutes les parties seraient tenues de le faire ».

L’Union européenne a fait sa part et attend désormais que ses partenaires s’alignent. Tel est, en tout cas, le message que ses dirigeants veulent faire passer à l’approche d’une conférence dont les résultats décevront sans doute ceux qui le présentaient comme le « sommet de la dernière chance ». De là à penser que les Européens se dédouanent d’avance de ce qui sera probablement présenté par beaucoup comme un échec, il n’y a qu’un pas, que refuse toutefois de franchir Carole Mathieu, responsable des politiques européennes au Centre énergie & climat de l’Institut français des relations internationales (Ifri).

« Carton plein ». « Ce que l’UE cherche d’abord à montrer est qu’elle applique à la lettre l’Accord de Paris, analyse-t-elle. De fait, elle met en œuvre tout ce qui est prévu, est parvenue à rehausser son objectif 2030 malgré les lourdeurs de son processus de décision, et a fait passer la loi climat et présenté le paquet législatif “fit for 55”. Elle arrive donc à Glasgow avec un carton plein, ce qui est un vrai motif de satisfaction. Non seulement elle respecte l’accord, mais en plus elle s’engage vers des mesures concrètes. D’autres pays développés comme le Japon ou les Etats-Unis font des promesses mais n’ont pas encore de politique climatique crédible pour les étayer. »

« On se retrouve avec un chiffre de 2,7 degrés d’augmentation qui est à la fois optimiste, car il implique que chacun fasse ce à quoi il s’est engagé, et pessimiste, car il n’intègre pas les contributions de la Chine ou encore de l’Inde »

Alors qu’ils pourraient capitaliser sur ce bilan pour passer à l’offensive, les responsables européens se font plutôt discrets sur la scène médiatique, se murant souvent dans la langue de bois. « Sur le plan diplomatique, la stratégie européenne repose plutôt sur un effort au long cours, une défense du cadre multilatéral et un dialogue continu, reprend Carole Mathieu. En s’engageant à la neutralité climatique en 2050, l’UE a montré le chemin, et les engagements de ce type couvrent maintenant plus de 80 % de l’économie mondiale. Il est en revanche plus difficile pour elle de faire des coups d’éclat, dans la mesure où la diplomatie européenne est partagée entre Commission et Etats membres, ce qui laisse moins de flexibilité dans les grands événements ».

Pour les « coups d’éclat », il faudra sans doute surtout compter sur les Etats-Unis, qui doivent redorer leur blason après avoir laissé le leadership climatique aux Européens pendant quatre années de présidence Trump. Les signaux envoyés jusqu’ici par Washington sont toutefois encore assez flous : ses promesses de financement de la transition et de l’adaptation au changement climatique des pays les moins développés restent bien en deçà des engagements européens. Les eurocrates se perdaient par ailleurs en conjectures jeudi sur la très attendue annonce des CDN de la Chine, qui pourrait faire partir d’un bon pied la conférence.

Levée de bouclier. « Les CDN représentent un élément-clé de la discussion internationale, confirme l’eurodéputé Renew Pascal Canfin, président de la commission parlementaire de l’environnement. Aujourd’hui, la Chine a donné des éléments de contenu de sa CDN comme son engagement à la neutralité carbone en 2060 et sur des thèmes comme les voitures et le charbon, mais ce n’est pas encore une CDN, donc ce n’est comptabilisé nulle part dans les réductions potentielles. On se retrouve avec un chiffre de 2,7 degrés d’augmentation qui est à la fois optimiste, car il implique que chacun fasse ce à quoi il s’est engagé, et pessimiste, car il n’intègre pas les CDN de la Chine ou encore de l’Inde ».

Plutôt que de crier son ambition sur tous les toits, l’UE préfère donc travailler à bas bruit ses partenaires, à l’image du vice-président exécutif de la Commission, Frans Timmermans, qui a fait une longue tournée des capitales ces dernières semaines pour préparer le terrain. Un autre élément incite aussi les Européens à faire profil bas : le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, proposé par Bruxelles en juillet, avec l’idée de répercuter le prix du carbone européen sur les marchandises importées. Si le projet ne porte pour l’heure que sur un nombre limité de secteurs, il n’a pas moins provoqué une levée de boucliers chez les partenaires commerciaux de l’UE, de la Chine à l’Afrique du Sud en passant par les Etats-Unis.

« L’UE n’a pas intérêt à mettre ce sujet ou encore celui de la déforestation importée sur la table, car ils pourraient servir d’excuse pour justifier un manque d’ambition, analyse Carole Mathieu. Ces thèmes seront toutefois peut-être introduits dans la discussion par l’un ou l’autre de ses partenaires. On n’est pas à l’abri de commentaires, voire de controverses, auquel il faudra savoir répondre. »