Entretien avec le think tank EuropaNova : « La biodiversité est un sujet que j’ai placé au cœur de mon mandat, tant l’urgence est grande »

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ITW pour Europa Nova – 22 février 2021

1. Le 10 février dernier, le Parlement a voté en plénière en particulier un texte sur l’économie circulaire avec une forte majorité. Pourriez-vous en quelques mots revenir pour nous sur les enjeux de ce texte ? et pourquoi était-il important de le soutenir ?

L’économie circulaire est un enjeu crucial de la transition écologique. Elle doit nous permettre, grâce au recyclage, au réemploi, ou encore à l’écoconception, d’économiser nos ressources et de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Elle est aussi un puissant levier pour la compétitivité et l’économie européenne puisque son développement représente un potentiel de 1,2 à 3 millions de nouveaux emplois créés d’ici 2030 ! 

Il était ainsi essentiel que le Parlement européen apporte un soutien franc au nouveau plan d’action pour l’économie circulaire de l’Union européenne.

Dans ce rapport, j’ai plus particulièrement soutenu les mesures qui entendent développer le marché des matières premières recyclées. Aujourd’hui, la demande sur ce marché des matières produites à partir de déchets est vraiment timorée et nécessite un sérieux coup de pouce. Pour la stimuler, nous demandons par exemple que soient introduits des contenus recyclés minimaux obligatoires dans certains produits. Et, parce que le rôle des consommateurs est aussi primordial pour faire évoluer ce marché, nous réclamons également des labels clairs et lisibles afin d’aiguiller leurs choix vers les produits les plus durables.

2. Vous aviez rédigé un rapport, voté en janvier 2020, sur la prochaine Convention sur la diversité biologique (COP15) qui devrait avoir lieu en septembre 2021. Où en est-on justement sur ce sujet crucial pour les équilibres écologiques ? Quelles sont vos attentes en particulier aussi bien de la part de l’UE que de ses Etats membres ?

La biodiversité, c’est un sujet que j’ai placé au cœur de mon mandat, tant l’urgence est grande. Aujourd’hui, 1 million d’espèces sont menacées d’extinction ! C’est extrêmement inquiétant car la diversité biologique est essentielle à notre survie. Nourriture, santé, énergie, nous sommes dépendants des services que la nature nous rend. Malheureusement, c’est bien l’activité humaine qui est responsable de sa dégradation.

La COP15 sur la biodiversité, qui se tiendra en Chine en septembre, est le prochain rendez-vous phare : la communauté internationale y adoptera la feuille de route mondiale qui doit marquer le coup d’arrêt à l’érosion des espèces et des écosystèmes.

L’idée que nous défendons dans la résolution que nous avons massivement votée au Parlement européen en janvier 2020 et pour laquelle j’étais co-rapporteur, c’est que la COP15 doit être pour la biodiversité l’équivalent de l’Accord de Paris sur le climat. Si nous voulons inverser la tendance, elle doit nécessairement aboutir à de vrais engagements, c’est-à-dire des objectifs chiffrés et réalistes, des objectifs qui doivent être mesurables afin d’être rigoureusement suivis, des objectifs qui doivent être contraignants afin de garantir leur application.

Cela implique aussi de balayer devant notre porte. L’UE et les Etats membres doivent être exemplaires s’ils veulent convaincre leurs partenaires internationaux. Nous nous y appliquons ardemment. En témoigne l’ambitieuse stratégie européenne pour la biodiversité à horizon 2030 qui doit accélérer et intensifier nos efforts dans de multiples directions : augmentation des zones protégées, restauration des milieux naturels, réduction de l’usage des pesticides chimiques et surtout développement d’alternatives à ces pesticides, verdissement urbain ou encore renforcement des mesures contre le trafic d’espèces sauvages.

3. On a souvent tendance dans le débat public à opposer économie et écologie, privilégiant l’une à l’autre selon les préférences. Comment, et à quelles conditions, selon vous pouvons-nous dépasser ce clivage ?

Si l’on peut trouver une vertu à la terrible crise sanitaire que nous traversons c’est bien celle-ci : avoir démontré que la décroissance n’est pas un modèle viable et, qu’au contraire, le rebond peut venir du développement durable.

Les confinements successifs ont constitué un premier test empirique : la contraction de l’activité économique qu’ils ont engendrée s’est certes traduite par une réduction spectaculaire de nos émissions de gaz à effet de serre mais aussi par une montée catastrophique du chômage, de la précarité et des inégalités. Ces quelques mois de « décroissance » nous ont précipité dans une crise économique et sociale dont nous subirons longtemps les conséquences désastreuses.

Il est heureusement un second test que la crise sanitaire nous permet d’entreprendre : miser sur le développement durable pour rebondir. Conjuguer écologie et économie pour stimuler la croissance et le progrès social tout en préservant notre planète, c’est une conviction que nous avons depuis longtemps au sein de mon parti, les Républicains.

C’est aussi la voie empruntée aujourd’hui par de nombreux plans de relance. Celui du gouvernement français, par exemple, qui fait de la transition écologique le principal levier de la reprise en lui consacrant près de 30 milliards d’euros. Ou celui de l’UE, qui n’octroiera aux Etats membres leur part des 750 milliards mobilisés qu’à condition qu’ils en consacrent 37% à la transition écologique. C’est aussi une logique qui est au cœur du Pacte vert.

Quand on sait que la transition écologique promet un potentiel énorme en termes de compétitivité, de création d’emplois, d’innovations, d’activités, de développement rapide de nouveaux marchés, on réalise bien vite que le pari du développement durable n’est pas si risqué.

https://www.europanova.eu/actualites/entretien-avec-agnes-evren