Retrouvez ma tribune publiée dans le JJD : « 2020, un rendez-vous à ne pas manquer pour la biodiversité »

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2020 devait être l’année de la biodiversité. Malheureusement, elle s’ouvre sur une bouleversante hécatombe : l’Australie en proie aux flammes a vu se consumer, à ce jour, plus de 80.000 km2 de terre et périr près d’un milliard d’animaux. Depuis le rapport alarmant de l’Ipbes de juin 2019, qui recensait près d’un million d’espèces animales et végétales menacées d’extinction, la santé des écosystèmes semble se dégrader encore plus rapidement que jamais.

Cette érosion sans précédent devrait être considérée comme une urgence absolue. Fermer les yeux sur cette funeste trajectoire est suicidaire. Nourriture, oxygène, énergie, médecine, matières premières, régulation du climat : les services que nous fournit la biodiversité de notre planète sont tout simplement vitaux. Le tableau est noir. Pour l’éclairer, il ne faut manquer aucun des grands rendez-vous qui arrivent. Dès 2020, il faut améliorer nos stratégies et nos plans d’actions à toutes les échelles.

A l’échelle internationale, la COP15 sur la biodiversité doit permettre d’adopter à la fin de l’année la feuille de route mondiale censée marquer un coup d’arrêt à cette dangereuse érosion. Il est très important que les négociations aboutissent à des vrais engagements, c’est-à-dire à des objectifs chiffrés et mesurables assortis d’outils efficaces pour garantir leur application.

A l’échelle européenne, la Commission européenne doit présenter en mars une stratégie pour la biodiversité à l’horizon 2030. Les efforts devront être accélérés et intensifiés afin d’être exemplaires si l’Union européenne entend peser dans le jeu mondial. Mais le poids de cette nouvelle stratégie dépendra surtout de la mise en œuvre qu’en feront les Etats membres.

Enfin, l’échelon local peut s’avérer redoutablement efficace. Il est donc un autre rendez-vous qu’il ne faut pas manquer : celui des élections municipales de mars 2020. Celles-ci doivent être l’occasion d’opérer une véritable transformation de nos stratégies locales de lutte contre la perte de biodiversité mais aussi de valorisation du vivant. Les six années qui viennent sont cruciales. Faire de sa commune, une commune durable, telle est la responsabilité numéro 1 des futurs maires.

Ce changement de paradigme doit surtout avoir lieu dans les communes urbaines dans lesquelles la biodiversité est la plus rudement maltraitée. En se déconnectant de la nature, les villes se privent d’un partenaire précieux. Capables d’absorber les polluants atmosphériques, les végétaux contribuent en effet à améliorer la qualité de l’air. Ils peuvent aussi humidifier l’atmosphère et ainsi limiter le phénomène d’îlot de chaleur lors des canicules. Freinant le ruissellement de l’eau en surface, la nature est également un puissant allié contre les inondations. Sans parler des bénéfices sur la qualité de vie des citadins.

Conscients de l’urgence de la situation et des atouts de la nature en ville, de nombreux maires repeignent déjà activement leur commune en vert, comme à Angers, « ville la plus verte de France », à Metz, « ville jardin », ou encore à Bordeaux avec sa « boucle verte ». Cet élan doit être généralisé.

A Paris, la situation est extrêmement préoccupante. Selon un rapport de l’Agence régionale de la biodiversité de juin 2019, tous les indicateurs sont au rouge. Les populations d’oiseaux ont chuté de manière vertigineuse. Les effectifs de moineaux ont diminué de 73%. Qui aperçoit encore un passereau ou une hirondelle voler dans le ciel parisien? Il en est malheureusement de même pour les populations d’insectes. Qui croise encore une coccinelle, un papillon ou une libellule dans les jardins de la capitale? La situation de la flore n’est guère plus reluisante.

Les causes de ce déclin? La surdensification, l’artificialisation croissante des sols, la disparition des zones humides sont les premières responsables de la dégradation des habitats, et, par voie de conséquence, de la fuite des populations (humaines y compris!). De la plus petite abeille à l’Homme, les parisiens de toute espèce sont asphyxiés sous l’asphalte et le béton.

Le greenwashing servi par la municipalité actuelle peine à dissimuler une politique d’hyperdensification qui a déshabillé la ville de ses espaces de nature. L’équipe en place peut bien créer de minuscules sites de biodiversité dans les interstices urbains, cela ne compensera jamais ses multiples projets anti-environnementaux comme la minéralisation de la place de la République, les vastes programmes immobiliers de Bercy Charenton et de Paris nord-est, ou encore la destruction d’espaces de nature comme les serres d’Auteuil. Résultat : Paris est toujours l’une des villes les plus pauvres en Europe en m2 d’espaces verts par habitants, très loin des recommandations de l’OMS.

Il est urgent de changer de cap. Multiplions les « îlots verts », en veillant à les relier entre eux par des trames vertes, seules à même de garantir les continuités écologiques. Procédons à un recensement méthodique, en lien avec les associations et les riverains, des aires susceptibles d’accueillir des projets de végétalisation (places publiques, établissements municipaux, bordures de voies ferrées, toits, cours et murs de copropriété…). Ces espaces pourraient accueillir des étendues vertes, des jardins partagés, des potagers, des fermes urbaines, des nichoirs… Imaginées dans les Conseils de quartier, les rues végétalisées pourraient être davantage soutenues et multipliées dans les arrondissements les plus denses.

Des « îlots bleus » de fraîcheur doivent également être créés d’urgence pour renforcer le réseau de zones humides. Les fontaines parisiennes, aujourd’hui largement délaissées, pourraient être remises en valeur. Afin d’encourager l’initiative citoyenne, la ville pourrait aussi renforcer ses actions de sensibilisation, par exemple en remplaçant la démagogique journée « sans voiture » par une « journée verte » organisée par et pour les enfants. La ville gagnerait également à se doter d’un Conseil scientifique, sorte d’IPBES mais locale, pour réfléchir en amont et plus globalement aux politiques favorisant la biodiversité.

Non, la bataille de la biodiversité n’est pas perdue. Pour peu que l’on ne se contente pas de verdissements cosmétiques et de faibles engagements électoralistes, le tir peut encore être rectifié. Les experts assurent que si une espèce n’est pas éteinte, elle peut de nouveau proliférer à vitesse grand V si on met tout en œuvre pour la protéger. Alors ensemble, à toutes les échelles, à tous les niveaux, du citoyen au plus haut responsable politique, agissons pour faire de 2020 l’année qui inversera la tendance. »